samedi, novembre 18, 2006

L’autre jour du demain (dimanche 29 octobre).
Au lever, j’aperçois par la fenêtre le mont Fuji devant lequel défilent tous les nuages du coin. Au petit déjeuner, nous avons opté pour la version japonaise. Et bien ce fut la seule fois du voyage où nous eussions été mieux inspirés de commander la version « occidentale ». Le poisson était bien sec et extrêmement salé et il y avait du nato ; c’est spécial, cela ressemble à des lentilles enrobées d’une matière filante. Pensant faire plaisir à Alexandre, je le lui ramène ; hum, j’aurais mieux fait de m’abstenir.
C’est donc le ventre pas trop plein que nous quittons Gotemba par la même route qu’hier, direction Owakudani. La Nissan peine un peu dans la montée. Satoko est au volant, Alexandre à la sono et au gps. J’y pense, en fait ils sont assis comme chez nous, Monsieur à gauche et Madame à droite, à la différence qu’au Japon on roule à gauche et c’est donc Madame qui tient le volant.
Deux péages plus tard nous arrivons au parking ; apparemment il n’y a plus que quelques places de libre. L’organisation est efficace, le personnel est relié par talkie-walkie. Nous en comprendrons la raison en repartant : nous longerons un bouchon de plus de 5 kms qui attend de pénétrer dans ce parking.
Et pourquoi tout cela ? Pour des œufs ! J’y viens, mais d’abord sortons de la voiture. Pouah ! Ça pue l’œuf pourri (H2S) qui provient des émanations de soufre. Nous engageons à flanc de colline, suivant la foule. De temps en temps nous croisons des mémés qu’on verrait plutôt dans une chaise roulante que sur un chemin de montagne. Courageuses ! Un téléphérique au-dessus de nos têtes convoie dans un bruit de ferraille de petites cages. D’ici il est difficile de voir ce quelles contiennent. Arrivés en haut, le mystère s’éclaircit : il s’agit de paniers remplis d’œufs, normaux, blancs (comme dirait Coluche). Un employé les prend et les dépose dans un grand bac naturel fumant d’eau visiblement très chaude. Ce faisant, il retire les paniers « cuits » et là surprise, les œufs ne sont plus blancs, mais noirs ! Magique ! La rumeur veut que chaque œuf prolonge la vie de 7 ans, d’où la cohorte de mémés. Bonne nouvelle pour mon percepteur : j’en ai goûté un demi (attention, il faut le payer), alors à moi 3 ans ½ de vie supplémentaire.
En face nous essayons d’apercevoir le Mont Fuji ; il joue toujours encore à cache-nuages.
En repartant nous logeons le bouchon qui s’est formé entre temps : ça marche le commerce des œufs magiques ; tiens ça pourrait être une idée pour Vulcania (le parc en Auvergne).
Prochain arrêt : visite d’un jardin de mousse dans le musée d'art de Hakone (http://www.moaart.or.jp/english/hakone/index.html, merci Alexandre pour l'url). Vous savez, c'est le truc vert dont tout le monde cherche à débarrasser son mur, son toit, sa pelouse. Après nous être acquittés du droit d’entrée, nous pénétrons dans ce jardin. C’est beau, mais d’une beauté très travaillée (presqu’artificielle - te fâche pas Alexandre), à la japonaise ; pas une feuille ne dépasse, les mousses ont l’air d’avoir été juste peignées, délicatement saupoudrées de quelques feuilles mortes (mais où est donc ce jardinier ?).




L’ambiance est reposante, l’humidité voile subtilement l’air. Nous nous attardons un peu et visitons le musée attenant, beaucoup moins enthousiasmant.















Midi a sonné depuis un bout de temps, il faut songer au restaurant. Pas si simple. On est dimanche et pas les seuls affamés. Le troisième essai sera le bon. C’est un complexe hôtelier dans un parc. Les bâtiments en bois sont jolis de simplicité. Dans le petit étang devant le restaurant s’ébattent des carpes Kooi. Nous entrons. Jocelyne a envie de nouilles ... italiennes (bon, ça s’appelle des spaghettis). Le serveur, en bon professionnel, a immédiatement pris la mesure du problème. Et hop une bavette !
Moi de mon coté, encore une histoire de nouilles, je frise l’incident diplomatique avec Satoko : les udons c’est pour moi, j’avais déjà des sobas hier. En fait l’instant a été très bref, chapeau au reflexe du photographe (MC). Avisant la bouteille abandonnée sur la table voisine (un magnum de saké), je demande au serveur (en anglais) s’il s’agit de vin japonais ; il ne fait ni une ni deux et nous met la bouteille sur la table. Me voilà bien embarrassé ; pour ne pas le désobliger, j’en goûte un peu - et sans faire la grimace.
Bon ce n’est pas tout, nous avons un, que dis-je trois trains à prendre. Nous nous rapatrions tranquillement sur Gotemba, passant devant Cosmélor (comme ça la maman sait où travaille son fils). Dûment briffés par Alexandre, nous les quittons (ce n’est qu’un au-revoir). Ce premier train est un peu bondé. Trois « pépés » (enfin je veux dire plus âgés que moi) font déplacer 2 jeunes. Ils ne mouftent pas ; essayez en France, pour voir. Et comme il reste maintenant une place libre à coté d’eux, ils invitent ….Jocelyne (ils n’ont vraiment peur de rien). On se marre bien avec Marie-Charlotte à écouter Jocelyne raconter en anglais (bel effort) d’où elle vient (il y en a un qui connaissait l’Alsace !!), que son fils (qui est aussi le mien, je tiens à le rappeler) travaille au Japon. Elle papote, heureuse. On arrive, changement de train. Je trouve naturellement le moyen de descendre du quai avant de m’apercevoir que c’était juste en face (le problème, c’est la valise familiale que je trimballe). Une station plus loin, dernier changement, pour le shikansen, direction Kyoto. C’est là vraiment que nous découvrons les marquages au sol qui matérialisent les files d’attente. Comme nous n’avons pas de réservation (trop tard), nous sommes contents d’être devant. Le train arrive. On embarque. Je lis. Marie-Charlotte, très en verve aujourd’hui capture un soleil couchant du coté de Nagoya.
La journée n’est pas terminée. Nous arrivons à Kyoto ; il fait nuit. L’hôtel est dans la gare. Marie-Charlotte est fatiguée (ou est-ce l’envie d’un peu de télé ?). Jocelyne et moi sortons, à la recherche d’un restaurant. Délaissant la grande rue et son McDonald puant, nous en découvrons un resto au fond d’une ruelle mal éclairée. Apparemment nous sommes les seuls clients, aucune chaussure n’étant visible. Ah oui, on se déchausse dans les restaurants traditionnels (gaffe aux trous dans les chaussettes). Après avoir hésité, nous dînons assis par terre plutôt que sur une chaise (rassurez-vous, la table est à la bonne hauteur….). C’est bon, mais un peu mou à mon goût. Sur le chemin du retour, je fais un stop dans un autre restaurant, me faire préparer des sushis pour Marie-Charlotte. Ils furent bons.
Et voilà. Demain nous partirons à la découverte de Kyoto. En attendant, au dodo.